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son rêve fastueux, seul, lui donnait des fêtes ; il avait son orgueil intime pour ami. Grave, pour dérider un peu son front blêmi, il regardait ses fleurs et caressait ses bêtes. Soumis à ses grands yeux étranges de prophète, de beaux désirs pareils à des tigres parmi les jungles de ses sens s' étiraient à demi. Il vivait seul avec son âme pour conquête. Dans le palais silencieux qu' était son coeur, des femmes, que gardait secrètes son humeur, languissaient, comme des sultanes, près des urnes... lui, pâle, par les soirs délirants de jasmins s' agenouillait, des larmes chaudes sur les mains ; et parfois, soeur aimante, aux terrasses nocturnes la mort venait baiser ses lèvres taciturnes .
une douceur splendide et sombre flotte sous le ciel étoilé on dirait que là-haut, dans l' ombre un paradis s' est écroulé. Et c' est comme l' odeur ardente, l' odeur fiévreuse dans l' air noir, d' une chevelure d' amante dénouée à travers le soir. Tout l' espace languit de fièvres. Du fond des coeurs mystérieux s' en viennent mourir sur les lèvres des mots qui font fermer les yeux. Et de ma bouche où s' évapore le parfum des bonheurs derniers, et de mon coeur vibrant encore s' élèvent de vagues pitiés pour tous ceux-là qui, sur la terre, par un tel soir tendant les bras, n' ont point dans leur coeur solitaire un nom à sangloter tout bas.
dans la brise ailée et sonore s' éveillent les dieux bocagers ; et le chalumeau des bergers brode de ses accords légers le voile rose de l' aurore. Tircis aux pieds d' églé dit son âme amoureuse. L' air est bleu ; la rosée étincelle aux buissons ; le ruisseau d' argent clair brille dans les cressons, et le chien noir a l' oeil sur la brebis peureuse. Sur ses pipeaux Tircis à la journée heureuse prélude ; mais soudain, jalousant ses chansons, églé veut à son tour, par d' aimables leçons, d' une haleine qui chante emplir la flûte creuse. Inhabile, elle souffle, et, penché sur son cou, Tircis lève, descend ses doigts sur chaque trou, et les maintient crispés sur des accords moroses. églé s' irrite ; alors, Tircis pour l' apaiser sur sa bouche vermeille appuie un long baiser ; et la flûte à leurs pieds roule parmi les roses... dans la lumière qui recule s' endorment les dieux bocagers ; et le chalumeau des bergers suspend ses accords prolongés au voile bleu du crépuscule.
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Extrait de "Elegies" in Le chariot d'or : symphonie héroïque
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