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Existence
Il est moi Je suis lui Nous sommes l’un et l’autre Ou bien, qu’on le confesse Nous ne sommes ni l’un ni l’autre Ni lui ni moi. Rien qu’une présence juste Qui continue De conjuguer le verbe être En tout lieu, toute terre.
Mon coin
Mon coin si proche qui m’éloigne De moi pour que je puisse Vers la fin du soir A la tombée de la nuit Etre en moi. Mon coin qui recueille Mon corps déchiré Par le soleil du jour, la pluie des temps Mon coin où mon âme Sans nom, sans appui Vient prier dans la pénombre du bar Au milieu du brouhaha des saints poivrots d’un soir Dans le tumulte doux des verres Qui s’entrechoquent Tels des pas d’une demoiselle courant vers l’amour Tels des rires d’une sorte d’eden. Moi gentille vermine, serpent vieilli, lion sans dents, pou d’homme L’hypocrite brûlé sur les tertres de l’écart. Je viens presque heureux Bien consentant Très confiant Mais si peu amène. Je viens me dire, me faire, me refaire, me contredire, me contrefaire. N’être qu’une ébullition De paroles, pensées, cauchemars d’éveils, fantaisies bavardes, Un long fleuve trompé, trempé dans le fief Ensanglanté du désir assouvi dans le refus. Majesté, mon bar mon coin, Lieu de la tranquille clémence Fantasia que l’œil retourné par la béatitude suit Mais où le baroud est bière Mauvaise, pisse, jaunisse. RIEN QU‘UNE MER DE VAPEURS SANS MOTS.
Apparition
Tu étais là Sur le banc solitaire Ce dimanche matin. De l’air souriait dans tes jupes Il y avait aussi dans tes yeux Une plage de rire Et je suis venu J’ai marché vers toi Espoir ailé, comme rêve. Mais ici en s’approchant, Sur le banc solitaire J’ai trouvé juste une rose renversée Alors j’ai su Ce dimanche matin Que le temps Toujours déjoue la vie Ma vie.
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Casablanca comme si Beyrouth…
A Joumana HADDAD
Elle tombe la tête Sur la table ronde et noire Du grand damier du monde Après la danse de la tristesse Elle est quittée, Elle est balancée Recroquevillée, Peut être rétamée S’éteint lentement L’étoile dans la main Vilenie que le regard chagrin Bêtise que la larme entre les pieds Fadaise que le triste air, Les mouches, eux, heureux Glapissent au-dessus du ventre sombre De tant d’eau noire Les mouches dansent A la vie La mort de la frugalité, Cette autre face De l’amour discret Mais néanmoins voyant Jusqu’au là de part la seule Œil encore éveillé, Et la rose Oh la rose va s’infléchir Lentement courbée Comme pour saluer Pour sa dernière apparition Sur la dalle rouge suspendue Rescapée, Suffit-il de rester là Ou ailleurs, la bas Ou ici même ? Tandis que le feu Déhanche la vie debout. La mort de la virevolte De l’acier embrasé Qui pilonne Arrose les murmures doux De sa salve tonitruante, L’entaille est de taille A descendre le rire Dans le creux Des trottoirs, des murailles Et dans les gorges dociles Des petites filles Des villages voisins, Ça parvient tout pâle A Casablanca, près de l’océan Casablanca qui lape son petit verre Or déjà seul Beyrouth lape Sa fumée d’apocalypse Agonise Descendue En plein après-midi, Je suis l’homme à la tête tombée sur la table noire et ronde du café que tu connais qui t’a vue passer le jour du grand soleil de la corniche allongée serpentant les affres torrides du brasier déclenché à l’insu du corps resté assis dans la tourmente de la brûlure, la brisure, de son sang effusif. Lilith pardon. Pardon. Voilà que se dégage la main Molle, Détachée, Inconnue, Une main indifférente. Tombe le verre en éclat Se répand la sève Se refuse l’écriture Dans l’arrêt subi Subitement.
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