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1 Je n'ai pas conquis le trône par le tranchant de l'épée Je l'ai hérité de mon vingt-septième ancêtre (si toutefois l'adultère ne s'en est pas mêlé Mais je ressemble au portrait de Cet ancêtre exécuté par son peintre son peintre qui fut l'amant de la reine)
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Le palais de mon père est dans la forêt du draqon Il regorge d'hypocrites, de guerners et de précepteurs Parmi eux il y a les précepteurs du fidèle Georgias sodomite chrétien
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«L'eau du fleuve est-elle tout le fleuve? E tait-il dans le vrai, Socrate, lorsqu'il a bu le poison sans faiblir? Le mort entend-il les prières de ses proches quand on le met dans la tombe? La femme est un pièg tendu, n'oublie pas mon conseil quand tu l'approches
Ne lui fais pas confiance, mêrne quand ses seins et ses cuisses te servent dg couche».
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Malgré ses consignes, les femmes concubines de mon père - lorsque ce dernier devenait fou au cours de la nuit - venaient me rejoindre, me faisaient l'amour jouaient avec moi
Elles me révélaient les secrets que mon père leur confiait
lorsque son sang bouillonnait, puis se calmait dans la mêrne soif
et qu'il retirait ses habits Ou lorsque les devins lui prescrivaient des remèdes et qu'il remerciait son dieu car son désir avait été couronné par une pollution bienfaisante Un soir, la médecine se révéla impuissante Malqré l'art extraordinaire des devins mon père est mort et les larmes coulaient, coulaient sur ses joues Dans sa main il tenait le bout d'une étoffe de soie
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Le roi conquérant est mort g Le roi pieux est mort g s'ègosillèrent les crieurs de notre ville Les poètes se mirent en rang devant la porte et les vers tombèrent par mille pleurant le roi pur jusque dans la mort et glonfiant les qualités de son successeur le roi juste Il y eut une teUe variété de tons g Voix désemparée: «Hommages ayant effacé les récentes condoléances» Voix réjouie « ? peine l'affligé s'est-il renfrogné qu'il a soung» Voix allègre: « Tu es un croissant éclatant aux couleurs des fleurs» Voix affiigée: «Ton père, telle la lune, resplendissait dans les cieux» Voix furieuse: «Tu es comme le lion des forêts partageant ses soucis» Voix entrecoupée de larmes «Le roi défunt était encore un lion» Voix remplie de joie «Tu es le nuag dispensant le bien en tout temps» Voix débordant de tristesse «Ton père était la lune répandant la prospérité »
Voix ô l'aise jusqu'au moment oû elle en arriva à la rime en «ment» «Longue vie à toi, fils d'une lignée valeureuse vertueuse, donnant généreusernent Béni celui qui a grandi... etcg» (Comme elle est pénible, cette rime Ce poète ne se taira pas avant d'avoir épuisé tous les «ment»)
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Si j'étalais tous mes doutes vous diriez que je suis fou «Le roi est fou » Mais je cherche la certitude ? l'audience du matin, je suis couronne et sceptre froncement de sourcils et sourire avare ou plutôt sourire relayé par deux gnmaces chaque chose en son temps Mais dans mon alcôve je suis un homme J'ai si peur quand la nuit montre sa tête j'ai Si peur du désarroi de mes idées vagabondes Je te cherche dans tous les replis, ô mon aimée voilée ô poignée perdue de pureté Te caches-tu dans le corps ? Je le tords pour qu'il se dresse et quand il arrose il se met à l'écart et ne répond plus Une heure aprés, la soif le reprend comme Si tout ce dont il s'était abreuvé n'était que mirage et écume Te caches-tu aux confins de la coupe du haschisch et de l'opium? Comme dit le poète paria
« S'il n'y avait pas le haschisch et l'habitude de l'o... (il veut dire l'opium) je serais submergé par le malheur et l'ennui » J'ai mêlangé tant de coupes avec d'autres coupes j'ai mis du vert avec du noir avec du feu j'ai respiré le mélange de condiments et j'ai plongé dans la mer lorsque j `ai vu de mes propres yeux un oiseau avec une tête de sing Et quand il a voulu prononcer un mot c'est un broiement qu'il a émis JI avait une queue d'âne J'ai n ô me faire mal aux côtes puis je me suis assoupi Je me suis vu en réve, conduisant un char tiré par quatre pouliches qui me faisaient parcourir des vallées et des déserts Brusquement, elles se transformèrent en chats
qui marchaient à reculons et me regardaient de travers Leurs yeux devinrent étoiles
Comment s'appelle-t-elle, cette étoile... L'étoile Polaire l'ours polaire blanc Mes chats se transformèrent en ours
ou me soulever pour me suspendre à sa mâchoire J'imagine que j'ai été suspendu à la mâchoire de l'ours blanc je pendais des canines de l'ours blanc Esclaves du palais g Gardes Soldats Officiersg Chefsg Tendez un filet autour du globe terrestre pour que votre roi pendu y tombe Le roi pendu tomba à côté de son lit. (Abdellatif Laâbi)
Le poème arabe moderne Anthologie établie et présentée par Abdul Kader El Janabi Préface de Bernard Noêl Maisonneuve & Larose -1999
PETITE CHANSON
Pour toi, mon amie, voici donc une petite chanson: c'est le conte d'un frêle oison. Au creux de son nid il veillait sur le fin duvet de son unique oisillon... C'était son seul amour et son seul compagnon. Une gorgée d'eau claire leur faisait un festin une simple becquée! Et deux grains de blé rassasiaient leur appétit, picorés dessus l'aire où l'on répand la récolte. Dans l'obscurité de la nuit, le frêle oiseau nouait ses ailes en capuchon, second nid de tendresse où venait se blottir le duvet de son unique amour. Mais voilà qu'un certain soir s'abattit, fondant du haut du ciel, le plus hardi des rapaces, monstre assoiffé de sang, impatient de broyer la chair des faibles et leurs membres fragiles... Ce fut d'abord un tolinloiement de plumes, puis une brève convulsion... Amie, reçois mes excuses. Si mon beau conte a triste fin, c'est que je suis moi-même aussi triste que lui.
Les gens dans mon village font couler le sang et leurs griffes ont l'ardeur de celles du faucon. Leur chant est animé du même tremblement qui met en mouvement la crinière des arbres en hiver. Leur rire est haletant, comme celui des flammes qui lèchent le bois sec offert a' leur morsure. Leurs pas martèlent la terre comme s'ils rêvaient d'y incruster leur trace. Ils tuent, ils volent, ils boivent, ils rotent. Cependant ce sont des hommes et ils se trouvent amis sincères de la bonté pour peu qu'ils aient quatre sous de quoi emplir leurs deux poings. Dès lors croient-ils d'un coeur ferme en les décrets du destin. A l'entrée de notre village s' assoit mon oncle « l' E lu », car du Prophète E lu il se dit l'ami. Chaque jour il passe là une pleine heure de temps entre crépuscule et nuit noire. Autour de lui se rassemblent les hommes silencieux, l'oeil fixé à terre. Il leur raconte alors une histoire où résonnent les leçons de la vie; une histoire qui soulève dans les âmes l'effroi douloureux de l'anéantissement. Les honunes, en l'écoutant, grognent et baissent la tête; d'autres écarquillent les yeux, immobiles, contemplant devant eux l'abîme ouvert de la peur profonde, vide sans mouvement ni fin. L'homme assume tant de fatigues. qui me dira dans quel but? Oui, ô Dieu qui nous dira le but de cette vie? Le soleil est le miroir où Tu te contemples, le croissant de lune est la raie qui partage Ton front, ces montagnes ancrées forment le trône où Tu sièges, Toi dont la décision à l'instant est suivie d'effets, O Dieu!... Un Tel a bâti, s'est élevé, a construit des citadelles. Quarante chambres ont été remplies d'or étincelant. Et par un soir que rien, semblait-il, ne distinguait des autres, est venu le trouver `Azr î l, l'Ange de la Mort, tenant entre deux doigts de sa main un petit cahier, où le premier noin inscrit sur la liste était justement le sien. `Azr î l a rendu son bâton, soumis à la double injonctiou secrète du « Sois » et de son corollaire « A été ». Et dans l'Enfer s'est vue soudain précipitée l'âme d'Un Tel, ( ô Dieu... que tu es sévère pourquoi cette promptitude a' répandre l'affliction ô Dieu'.) Hier, j'ai visité notre village mon oncle « l' E lu » était mort on lui avait donné pour oreiller la terre. Il n'avait jamais logé ses nuits en de fières citadelles; son cabanon était fait de briques Cuites ail soleil. Derrière le vieux brancard où reposait son corps avançaient ceux qui, conune lui, n'avaient pour tout bien qu'une ample tunique de vieux lin. Aucun d'eux n'invoquait le nom de Dieu ni celui de Azr î l, et nul ne méditait la formule «A été» Cette année-là était une année de disette. Sur le bord de la tombe alors s'est avancé mon compagnon Khalil, petit-fils de «l' E lu» que l'on portait en terre, et c'est un poing dressé qu'il a brandi au ciel, un poing tordu de rage, tandis qu'un lourd regard convulsé de mépris ondulait dans ses yeux. Cette année-là était, je crois vous l'avoir dit, une année de disette.
La poésie Arabe des origines à nos jours Anthologie établie, traduite et présentée par RENE R. KHAWAM Phébus librwtto 1995
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1931 (Zaguzig, Egypte) - 1981 (Le Caire) Après des études à l'université du Caire, Salah Abdel Sabbour se consacre à la littérature. Poète et homme de théâtre, critique et directeur littéraire, il publie, dans son journal aI-Ahram, des textes critiques qui touchent différents aspects de la culture arabe. Reconnu pour son théâtre (La tragédie d'EI HaUag, 1965), son rôle de rénovateur de l' écriture poétique égyptienne lui donne au Moyen- Orient une aura particulière. Sur ce terrain, il s'impose dès son premier recueil Les Gens de mon pays (1957) et devient l'initiateur de l'innovation métrique dans la poésie arabe moderne en puisant à toutes les sources culturelles de l'héritage arabe et occidental. Il en témoigne dans son livre Ma Vie poétique " On nous accuse d'avoir profondément subi l'influence des poètes européens modernes, d'être tristes parce qu'ils sont tristes... Suppose-t-on que nous sommes des êtres irresponsables, insensibles, indifférents à tout ce qui nous entoure ? On nous accuse de parler de problèmes qui ne nous touchent point pour imiter lonesco, Beckett, Eliot, Sartre ou Camus. Veut-on nous confiner dans le domaine de la poésie courtoise des siècles passés de la littérature arabe ? Veut-on nous condamner à chanter uniquement la bien-aimée alors que le monde est déchiré par les guerres et les conflits mondiaux, alors que notre siècle voit la remise en question de toutes les valeurs spirituelles et humaines?". Ses oeuvres complètes en trois volumes ont été publiées en 1988, à Beyrouth. |
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