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Son absence sera longue, livrée au froid dont la morsure, là-bas, en Oécident, est de celles que nul ne supporte. O toi, la mère, rassemble donc toutes les couvertures de selle que tu pourras trouver et fais-lui tes adieux, ce gage déposé entre des bras amis : offre-lui, oui, ce châle par tes mains tissé le soir, entre l'attente du retour du cher petit et le conseil murrnuré par le chaudron sur le foyer. Oui, son absence sera longue, et la morsure du froid, là-bas, est de celles que nul ne supporte... O toi' la mère, ne sais-tu pas qu'il est pour lui temps de partir? Garde-toi d'oublier de joindre à son bagage ses bas de grosse laine, toute à la fièvre de l'étreinte... Allons, sois forte, le cher petit, tu le sais bien, ne supporte plus les plaintes.
C'est ainsi. Depuis la mort du père, les plaintes il ne les supporte plus. L'entrée du port est cette issue de la maison qui donne sur la rue: les mouchoirs agités à l'instant de l'adieu ne dépasseront pas le seuil. Et toi, la mère, tu chercheras refuge ensuite dans quelque coin de la maison et tu verseras tes larmes de ces larmes qui brûlent. Mais ta n'iras pas au port car ce n'est point là que guérit la peine attachée à la séparation. Nombreux seront là les voisins, les amis, tous ceux qu'il aime... Laisse-le, ô toi, la mère, et sache que bientôt, juste à l'heure de sa dernière foulée sur cette terre aveugle, le flux de son haleine sera tout entier aspiré par les deux poumons de son frère. Oui, de l'un à l'autre le souffle passera avec cette force que tu sais, que tu espères oui, cette haleine viendra s`insinuer au creux des poumons de son frère...
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Depuis qu'il a dit " Je vais partir ", tu n'as trouvé de saveur à aucun aliment, anéantie par la tristesse. Tu as pleuré au long des nuits, pleuré en silence, les yeux grands ouverts sur la fosse des ténèbres. O comme ton fier visage a cédé à présent à la lente approche des rides ! Chaque heure depuis lors te fut comme une année, et ton corps fatigué en accuse la trace.
Les ruisseaux de ton coeur, aucune eau vive ne les vient plus irriguer et tes lèvres se sont desséchées. " O Seigneur mien, pour qui l'ai-je donc élevé au long de ces vingt ans? Entends-tu, ô Seigneur mien : pour qui, au long de ces vingt ans? " Tu n'as jamais compris au nom de quoi Il assène de tels coups sur nos pauvres murs. Tu n'as jamais compris au nom de quoi encore Il jette ces noires clameurs... O mère, tu le sais, ce serait pour nous un suicide que de rester sur cette terre ! Les vers rongeurs se sont emparés de mes livres, et la mort toujours plane à l'horizon de mon coeur. Mère! j'ai passé le plus clair de mon temps à moudre de l'eau au fond des cafés, a essuyer les tables de tous les lieux voués au plaisir des autres. J'ai été chassé de toutes les portes l'une après l'autre; et mes semelles et mes haillons sont partis en lambeaux. On m'a injurié, on m'a crié partout que j'étais inutile. On a fait guerre à mon honneur et j'ai bu jusqu'à la noire ivresse, soutenu par les épaules de mes compagnons, et j'ai pleuré dans ma triste fange, et j'ai pleuré sur mu honte. Et au bureau d'embauche on n'avait que ces mots: Attendre... attendre.. attendre... Ah, le regard de ce fumeur de cigare écorchant mon nom du haut de son mépris!... Mère, je vais partir : tourner en rond me fend la tête. Oui, je vais partir!
Que la phtisie, que le déluge s'installent ici et avec eux l'incendie! Mais cela, non, je ne puis plus le supporter davantage!
L' Emigré a chargé sur son dos ce qu'il a pu prendre et il est parti. Gloire à Celui qui nous accorde d'avoir des enfants et qui les rappelle à Lui! Tu as pleuré au long des nuits, pleuré en silence, les yeux grands ouverts sur la fosse des ténèbres. Tu ne comprenais pas... et ton petit non plus ne savait pas que sa chemise râpée, tant qu'elle battrait au vent de la peine et de la détresse, avec elle battrait aussi le drapeau du retour. Alors explique à son frère qu'il n'est pas pire souillure que d'en être réduit à vendre la terre humide où gît son père. Mais dis-lui aussi que la force qui pousse la vie à sortir de la graine semée est plus dure que le roc; dis-lui que nos racines plongent loin dans le sein de cette terre... et que notre chemise râpée, tant qu'elle battra au vent de la peine et de la dérresse, avec elle battra aussi le drapeau du retour, avec elle battra aussi le drapeau du retour ....
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SAMIH AL-QASSIM né en 1939
Ce Palestinien d'origine druze étudia en Galilée, fit carrière dans l'enseignement et s'engagea de bonne heure dans la lutte politique. Parmi les recueils qui l'ont révélé: Dammi`ala kaffi (Mon sang sur ma paurne, 1967) et Rhlat a'-saràdîb al-mûhichat (Voyage au fond des caveaux déserts, 1969). Ses images familières ne sont jamais convenues : en elles parlent les voix jumelles de la solidarité et de la sincérité. |
Traduit par : René R. Khawam. La Poesie arabe Anthologie traduite et presntee par Rene R. Khawam Phebus liretto Mars 2000
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