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Texte de i'image I Image du texte

Il y a des rêves inquiets cornrne les personnes qui les font. 
Plus le rêve est fou, plus il est porté sur l1aventure.
Il y a cette grande euphorie qui empêche de dormir seul car le sommeil réserve d'incalculables richesses. Il faut alors libérer ces créatures et observer leur quête de compagnons de route et d'ames soeurs.
 Il y a de nombreuses ames qui volent comme les pigeons. Elles ont pour elles le roucoulement, le vent et le chant. Elles ont tout loisir de scruter la nébuleuse genèse, d1agir comme celui qui recréerait l1image a' sa guise en espérant obtenir en peu de mots ce qu'il espère de sens.

Il y a des amis dont la première rencontre s'avère décisive. C'est pourquoi, dès que l'auteur de ces images m'a ouvert ses trésors, je n'ai plus su où donner de la tête. Cuelque chose chez Salih Al-Azzaz m'attirait vers les charmes de la perte.
Certaines rencontres sont fécondes et périlleuses à la fois.
Et ni lui ni moi ne sommes de ceux qui aspirent à être sauves.

Il y a des rendez-vous non arrangés que le hasard se charge de planifier pour nous. Dans le notre, nous avons tout de suite trouvé notre bonheur, exacerbé par le désir de la découverte. Nous avons rêvé du danger éclairant nos pas, d'une fécondité que nous prodiguerait le dialogue intime de l'eau et de la glèbe. Il en va ainsi, dans les jungles de la soif, des lacs en bordure desquels poussent des arbres, s'ouvrent des fleurs fraiches sous l'effet de l'attraction de la vie. Ils se multiplient comme des oiseaux et disent aux papillons multicolores, apeurés : Venez, ceci est votre doux feu. Il vous sera brise, images fascinées par le bleu de l'horizon.

Dans les ombres, bien des éléments voudraient croitre, telles des légendes ouvertes, grimper telles des branches qui dessineraient l'arbre, emporteraient la forêt vers les fleuves.
J'ai senti une joie bleue m'envahir quand des chevaux de splen deur se mirent à hennir dans mes rêves et que l'idée de cette expérience s'est levée du lit.

On ne pèche pas à être troublé par un texte, et le beau dévoilemen  qu'opère l'image suffit à restaurer l'an e et tailler le joyau du corps.
Lorsque j'ai vu mes images-instantanés près de fondre en
larmes entre les mains de Qassim Haddad, j'ai senti que la plante du désert faisait craqueler des rives et lachait le rire de la vie sur un horizon de charmante euphorie. Hien n'empêche le texte de célébrer les images, de mettre la parole à l'épreuve du silence éloquent. Rien, mais rien ne l'empêche de prétendre être le flanc protecteur, semblable à celui de la mère.

Ce fut pour moi un moment prodigieux né au rythme de pas qui n'ont pas connu le sommeil dans les ruelles de la vieille cité de Fès. Il m'a dit : "Nous aussi, nous avons un espace pour le dialogue pro fond. Nous devons être à son écoute Si nous voulons ne pas passer à côté de la beauté." Je lui ai dit : "Et nous avons une soif que nous devons alimenter avec les miroirs de l'horizon bleu."

De l'imaginaire aux confidences. D'un café l'autre, d'une valise lise l'autre, d'un aéroport l'autre, d'un corps l'autre. Nous avons eu le temps nécessaire de poser nos pieds sur une route, pour nous deux nouvelle. L'image, car le plaisir de l'oeil a longtemps été confisqué dans le champ de l'expression arabe. Et le texte, car c'est le mode d'expression le plus lié aux autres, le plus porteur de facettes infinies.
Nous avons dit : "Allumons le feu dans les atres, et écoutons Iécho.'

Nous voici maintenant dans le palanquin du rêve. Dans l'expé rience que nous aimons. Dans la distance offerte entre l'horizon et l'azur, là où l'image est jouissance corporelle gorgée de sens, et le texte plaisir spirituel épris de métamorphoses.

Nous voici maintenant à l'instant où se mêlent topaze et raisin.
L'image dépose son or dans l'éprouvette de l'oeil et surprend la fenêtre comme le paysage. La parole verse son filet d'huile et la lampe brille et dévoile de plus belle.

Maintenant, nous mettons en lumière les bons moments. Nous allons au blanc matiné de safran. Nous nous répandons en bleu inconcevable sur lequel il nous plait d'ouvrir la fenêtre de l'imagination, et ce pour qu'on ne vienne pas nous dire que l'image l'a emporté sur le texte ou que le coeur a triomphé de l'amour.

Poèmes traduits de l'arabe par

Abdellatif Laabi

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