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Enfant est le visage de Yâfâ 2 L'arbre flétri
s'épa -
Nouira -t-il? La terre entrera - t- elle dans une image vierge?
Qui, là-bas, ébranlera l'Orient? La belle
tempête s'est levée mais la belle désolation n' est
pas encore
venue Voix errante...
(Une tête délirait, se livrait à des pitreries. Portée
à bout
de bras elle clamait : Je suis le calife!) Ils vaguèrent,
creusèrent une fosse pour le visage de 'Alî C'était
un
enfant, un enfant blanc ou un enfant noir Yâfâ, ses
arbres, ses chants Yâfâ... Ils ont serré les
rangs, ont lacéré le visage de 'Alî
Le sang de l'égorgé emplit les coupes.
Dites : C'est un cimetière.
Ne dites pas : Rose était ma poésie,
elle est devenue sang. Entre le sang
et la rose, rien qu'un fil de soleil.
Dites : Ma cendre est ma demeure.
Ibn 'Abbâd aiguise l'épée entre tête et tête,
Ibn Jahwar est mort.
Au commencement il n'y avait
qu`une racine de larmes (je veux dire mon pays)
et la distance était mon fil. Je me suis dénoué
et dans le verdoiement arabe
mon soleil s'est noyé.
La civilisation est civière,
la ville
rose paienne,
tente.
Ainsi commence ou finit le récit :
La distance était mon fil. J'ai rattaché mes liens,
moi le cratère astral,
et j ai écrit la ville
(lorsqu'on la traînait et que les pleurs étaient son rempart
babylonien).
J'ai écrit la ville
comme suinte l'alphabet,
non pour guérir les blessures,
non pour ressusciter la momie,
mais pour ranimer les divergences...
(Le sang unit la rose au corbeau.)
Pour couper les ponts et laver les visages tristes
dans le saignement des siècles.
J'ai écrit la ville, prophète marchant vers la mort.
Je veux dire mon pays,
mon pays écho,
écho, écho...
Ba s'est dévoilé la tête, djim est une mèche
de cheveux.
J'entends ha suffoquer de sanglots
et ra telle croissant de lune
s'abîmer et fondre dans les sables.
Disparais, disparais,
sang qui se fige et s'écoule en désert de mots.
Sang qui tisse le désastre ou les ténèbres, disparais!
Abolie est la magie de ton histoire.
Accordez-nous le pardon
Accordez-nous la grâce
O cornes des gazelles
O cils des antilopes
J'hésite, je te vois, mon pays, à chaque instant
dans une image.
Je te porte à présent sur mon front, entre mon sang et ma
mort.
Es-tu rose ou sépulture ?
Je te vois - horde d'enfants traînant leurs entrailles,
obéissant, se prosternant devant les chaînes,
revêtant à chaque coup de fouet
une peau nouvelle.
Es-tu rose ou sépulture ?
Tu m'as tué, tu as tué mes chants.
Es-tu carnage ou révolution?
J'hésite, je te vois, mon pays, à chaque instant
dans une image.
Et ' Alî interroge la lumière. Il va,
portant son histoire assassinée
de cabane en cabane.
" Ils m'ont dit que j'ai une maison
comme ma maison d'Arîhâ',3
que j'ai des frères au Caire,
que les frontières de Nâssirah4
sont La Mekke. "
Comment la connaissance s'est-elle changée en chaîne? Et
la distance en feu grégeois, en victime ?
Est-ce pour cela que l'histoire refuse mon visage,
que je ne vois plus de soleil arabe à l'horizon?
Ah, Si tu connaissais la farce !
(Tu peux l'appeler discours du calife. Ou carnaval.)
Elle a deux patrons:
l'un aiguise le couperet,
le second se vautre dans la poussière.
Si tu connaissais la farce...
Comment ? Par où t'es-tu glissé
entre la nuque du supplicié
et la lame des bourreaux?
Comment ? Quoi ? As-tu été assassiné ?
Tu étais comme les autres. Tu es fini, mais la farce n'en finit
pas .
Tu étais comme les autres. Refuse les autres !
Ils sont partis de là-bas. Commence à partir d'ici :
autour d'un enfant agonisant,
d'une maison qui s'écroule
sous la poussée d'autres maisons.
Commence à partir d'ici,
de la plainte des rues, de leurs vents suffoquants,
d'un pays dont le nom devient cimetière.
Commence à partir d'ici, comme la tragédie
ou comme naît la foudre.
Es-tu mort ? Voici que tu deviens tonnerre
dans le giron de la foudre,
créant comme crée la foudre.
Vois comment tu t'es dissous
et comment tu ressuscites.
Tu es fini, mais la foudre n'en finit pas.
Ton seul bien était l'ombre d'une tente. On y trouvait des
haillons, parfois de l'eau, parfois du pain. Tes enfants
ont grandi dans une flaque, mais tu n'as pas désespéré.
Tu t'es rebellé.
Tu es devenu les yeux, le rêve.
Tu apparais dans une cabane sur le Jourdain,
ou dans Gaza, ou Jérusalem.
Tu assièges la rue en deuil
puis tu la laisses dans la joie des noces.
Mer, ta voix déferlante.
Montagne, ton sang jaillissant.
Et quand la terre te portera jusqu'à son lit,
tu laisseras à l'amant, au légataire,
un double ruisseau
de ton sang versé deux fois.
Enfant est le visage de Yâfâ L'arbre flétri s'épanouira-t-il?
La terre entrera-t-elle dans une image vierge?
Qui, là-bas, ébranlera l'Orient? La belle
tempête s'est levée mais la belle désolation n'est
pas
encore venue Voix errante...
Le passé est dans son déclin mais ne décline pas
(Pourquoi le passé décline-t-il et ne décline-t-il
pas ?) Dal, silhouette brisée de tristesse.
(Pourquoi le passé décline-t-il et ne décline-t-il
pas ?)
Qaf, dans l'imminence, plus proche que portée d'arc.
Je réclame l'eau et il me donne du sable.
Je réclame le soleil et il me donne une caverne.
Es-tu maître? Tu le resteras.
Esclave? Tu le resteras .
Ainsi va le récit : Il me donne une caverne, à moi qui lui
réclamais un soleil. Pourquoi le passé a-t-il décliné
et ne décline-t-il pas? Pourquoi cette terre génitrice de
douleurs, cette terre monotone?
Es-tu maître? Tu le resteras.
Esclave ? Tu le seras toujours .
Change l'image, change le drapeau ; toi, tu ne changeras pas.
… dans une géographie qui se prolonge... et se prolonge... Le maître
résidant en premiêre page fait son entrée, monté
sur une bête de la taille d'un gibet. Il se mue en statue pour remplir
les places publiques.(Et l'épouse du gouverneur se lavait le croupion,
tandis qu'autour d'elle des femmes chevauchaient un javelot et que des
hommes enregistraient leurs battements de coeur sur un temps froissé
comme chiffon palpé entre les doigts...)
Kaf frémit sous un noyau de refus profond comme la lumière.
Ta : histoire à toiture de cadavres et vapeur de prières.
Alif : potence trempée de lumière fangeuse.
Ba : couteau qui décortique la peau humaine et la façonne
on semelles pour pieds célestes... dans une géographie qui
se prolonge...
et se prolonge...
Des arbres ont pour fruits la métamorphose et la migration dans
la lumière. Ils sont ancrés en Palestine et leurs branches
sont fenêtres. Nous avons écouté leurs distances,
lu avec eux l'étoile des légendes. Soldats et juges font
rouler les os et les têtes. Des hommes dorment comme dort un rêve
: chassés, tirés vers l'errance...
De quelle manière commencer?
(Un pain me suffira, et une cabane. Dans le soleil je trouverai
de quoi me donner l'ombre. Non, je ne suis pas le casque du
gladiateur. Je ne suis pas le bouclier du chef. Je suis le Jourdain.
Je trie les fleurs et les séduis. Sang qui s'écoule….
Je m'enfouis dans ma terre - mon sang sera son eau.
Mon sang sera ce veilleur fragile : poussière mêlant l'amant
errant au vent. Restera la sève...)
Un enfant chuchote Enfant est le visage de Yâfâ
Ici est tombé le rebelle Haïfa gémit dans une pierre
noire
et le palmier qui a couvert Marie de son ombre pleure J'ai murmuré
la faim est dans mes talons et la terre palpite entre mes paumes Nous
avons dévoilé nos secrets
(chemins seront les taches des larmes)
Je palpe le flanc de la lumière qui déracine
le désert et l'univers ligoté avec une corde d'anges Vois-tu
les traces d'un astre? L'astre entend ma voix
Je répéterai après lui et répéterai
encore Au temps
des cendres, un homme jeta son histoire aux braises de nos jours et mourut
(Tant que l'Etat subsiste, tu ne connaîtras pas la liberté.)
Te souviens-tu ? La prison était chant. Te souviens-tu ? (La base,
le pouvoir des travailleurs...) Quel intérêt? La révolution
se dégrade, se réduit à un mot, se rallonge comme
une table. As-tu lu la Sourate de la Table? Un feddayin traçait
son nom en lettres de feu et mourait dans les gorges glacées.
Jérusalem trace son nom. L' Etat ne cesse d'exister. L' Etat existe
toujours.
Cependant, le fleuve égorgé suit son cours.
Toute eau est visage de Yâfâ,
toute blessure est visage de Yâfâ,
et les millions qui crient leur refus
sont visage de Yâfâ.
Les amants sur les terrasses, dans les chaînes ou dans les tombes
sont Yâfâ.
Et le sang qui s'écoule du flanc du monde est Yâfâ.
Au nom de Yâfâ,
Nomme-moi Qays,
Nomme la terre Laylâ.
Au nom d'un peuple qui brandit le soleil
en salut,
Nomme-moi grenade ou fusil.
Voilà ce que je suis : (non, je n'appartiens pas au siècle
du déclin )
je suis l'heure du viol immense et le séisme des idées.
Voilà ce que je suis. Une nuée est passée,
enceinte d'un tourbillon de folie.
L'errance s'est sauvée sous ma fenêtre, disent les autres
.
Mais que disent les autres?
Il veille sur le troupeau de ses paupières.
Il lie l'étrange a' l'étrange.
Voilà ce que je suis : je lie l'étrange à l'étrange
.
Ainsi ai-je écrit l'Histoire :
Au-dessus du minaret,
Une lune étrille les chevaux
Et dort dans les bras d'une amulette.
J'ai noté : la défaite a maculé la chair des siècles,
Oran est comme Kâzimiyyah5
Damas est Beyrouth la vieille -
Désert qui avale les saisons, sang pourri.
Le feu des symboles a cessé d'engendrer les cités
Et l'espace.
J'ai noté : ce qui reste n'est que sang sénile à
l'agonie.
La défaite a maculé la chair des siècles
… dans une géographie qui se prolonge… et se prolonge…
là où le mot devient trame aux mailles criblées de
trous
comme du coton gonflé. Des jours porteurs de membres
transpercés entrent dans une histoire vide de tout sauf
d'ongles. Des triangles en forme de femme gisent enre page
et page. Toute chose vient â la terre à travers le chas du
mot :
insecte, dieu, poète,
par la piqûre, par l'insomnie et la fièvre dans la voix ;
par
les balles et les ablutions; par la lune; par la formi de
Salomon; par les champs qui fleurissent de banderoles sur
lesquelles on a inscrit : " A la recherche du pain ", ou "
A la
recherche d'une fesse, mais on secret ", ou " Le mouvement
est-il dans les pas ou dans la route ? "
La route est de sable. L'air se courbe au-dessus d'elle et le pas
est un instant, lisse comme le galet...
Et le temps allait se projeter hors du temps, et ce que l'on
appelle patrie s'asseyait sur le rebord de l'instant et frôlait
la chute. " Comment la retenir ? " demanda un homme
enchaîné et à demi-muselé. Pour toute réponse
il reçut une autre chaîne,
et une foule dense comme le sable se mit à sécréter
une distance de la taille de lam, mim, alif. ou de sad, ' ayn, ya, hé,
kaf, et à la piétiner, tissant étendards, tapis,
coupoles, bâtissant un pont pour relier l'au-delà au monde...
Une mouche passa par là et s'installa sur le mot. Aucune
lettre ne remuant, elle s'envola sur ses ailes déployées.
Survint un enfant qui demanda où était le mot. Une épine
lui poussa dans la gorge et envahit sa langue...
… dans une géographie qui se prolonge... et se prolonge...
" L'ennemi gagne, eux ils perdent. Il avance, eux reculent; il s'allonge,
eux rapetissent, se réduisent à un drapeau en berne, à
une voix éteinte. Et les rois s'acharnent à colmater les
brèches... Quand la situation s'aggrave, l'Andalousie sollicite
l'aide du bon roi pour sauver la région de Jazîrah, tombée
aux mains des Espagnols. Il se contente d'offrir
regrets et condoléances, disant que la guerre est une compétition
et qu'ils sauront bien se tirer d'affaire...l'ennemi cesse de les attaquer
et les combattre, de jour comme de nuit. Il les chasse de leurs places
fortes, les boute hors de leurs demeures. Il les écrase et les
extermine par la mort ou la captivité... "
… dans une géographie qui se prolonge… et se prolonge …
Viendra un temps entre roses et cendres
où toute chose s'éteindra,
où toute chose commencera .
…. je chante ma tragédie. Je ne me vois plus qu'à la pointe
de l'Histoire, sur le fil de la lame. Je commencerai, mais où ?
D'où ? Comment m'expliquer, et dans quelle langue Celle dont je
me nourris m'a trahi. Je l'attesterai et je vivrai sur la crête
d'un temps défunt. Je marcherai sur la crête d'un temps qui
n'est pas encore venu.
Mais je ne suis pas seul Voici la gazelle de l'Histoire. Elle ouvre mes
entrailles. Le fleuve des esclaves mugit. Plus Je prophète, plus
Je dieu... Nous venons et nous découvrons le pain Nous avons découvert
une lumière qui nous guide vers la terre, découvert un soleil
qui jaillit d'un poing fermé Apportez vos pioches. Nous portons
Dieu tel un vieillard mourant . Nous ouvrons au soleil un chemin autre
que les minarets, à l'enfant un livre autre que les anges, au rêveur
un oeil autre que Médine et Kûfah Apportez vos pioches Je
ne suis pas seul
Enfant est le visage de Yâfa L'arbre flétri s'épanouira-t-il?
La terre entrera-t-elle dans une image vierge? Qui, là-bas, ébranlera
l'Orient?
La belle tempête s'est levée mais la belle désolation
n'est
pas encore venue Voix errante...
Ils sont sortis des Livres vétustes où pourrissent les origines.
Ils sont venus comme viennent les saisons.
Les cendres ont étreint leurs contraires,
Les champs ont marché vers les champs.
Non, il n'appartient pas au siècle du déclin:
Il est le séisme des idées.
Il est l'heure du viol immense.
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