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Adonis |
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Adonis, poète dans le monde d aujourd hui 1 - Lire l'oeuvre Adonis, c'est partir pour une immense circum-navigation, dont personne ne peut prévoir où elle pourrait s'achever. 2 Pour Adonis comme pour Novalis, l'homme n'est pas le seul
à Et nous, dans cette phase, nous Occidentaux, modernes
et postmodernes, mais sourds, semble-t-il, à cette modernité ancienne
qu'Adonis, étrangement, rétrospecte bien en amont de notre XIXe, siècle
- ce siècle des poètes qui fut pour lui l'occasion de retourner, en l'inventant,
à cette ancienne modernité comme une secrète, réservée, "future vigueur"
(Rimbaud), Si seulement nous nous tournions vers cet Orient : Si "
la modernité est vision avant d'être production" (p.111). s'il est
vrai que " la modernité est un problème que l'homme arabe a eu à
affronter bien avant l'homme occidental il y a dix siècles environ"
(p.112). J'essayerai de dire notre être d'homo technicus sans glose heideggérienne
mais par une espèce de vision en forme de fable, qui est aussi celle de
la scission de l'humanité en deux, l'occidentale et l'autre... J'appellerais
ma fable : " les moyens sont la fin ", dont voici l'argument
: ce n'est pas seulement "l'horreur économique", c'est encore
autre chose de plus terrible. Lunion de la pensée et de la poésie J'ai qualifié la poésie d'Adonis de corporelle. Car chez
lui, la poésie est la totalité de l'existence, comme le corps. Le corps
est un ensemble de sensations ayant chacune sa tonalité, sa couleur, sa
forme..., des sensations qui se transforment chez Adonis en images et
métaphores où le corps et la terre deviennent une langue unique. D'ailleurs,
Adonis possède la faculté formidable de transformer toutes les choses
en images ou de les changer en poésie, en conférant à celle-ci son espace
le plus vaste. Et chacun des recueils de poésie d'Adonis possède son propre
espace.
C'est un homme de la terre, mais rêvant de voyage, poète
de racine et d'errance, un combattant amoureux de la paix des champs,
un chanteur du quotidien habité par l'éclair des carrefours du monde,
qui accueillera le passé pour parler avec la voix du désir inaltéré. Adonis
prononce la parole vraie de la langue arabe, parce qu'il la réhabilite
en lui ouvrant toutes les routes d'un pari qui est d'abord un défi à elle-même.
Ce n'est pas un poète acceptant la force du passé afin de fixer l'avenir
dans un présent immuable comme Cavafy - ce Grec qui avait poursuivi la
tradition de la civilisation hellénique au Proche-Orient jusqu'à son souffle
ultime. Cette poésie, oui, elle est sève: celle des racines, profondeurs
et commencements, et des feuilles qui vont jusqu'au ciel. Elle a une forte
portée réaliste, celle qui part du "seigneur corps", et une
forte portée imaginaire, mystique. L'obscurité de l'âme y monte vers l'évidence.
Quel dynamisme, dans une telle parole! Elle-même en devenir, elle nous
entraîne dans une liberté qui capte un rythme cosmique. Elle est énergie
et mystère; elle ouvre les perspectives d'une révélation. Brùlante pensée
poétique, nourriture à la fois pour l'intelligence et la sensibilité :
celle qui manque au monde de techniques et d'intolérances qui est trop
souvent le nôtre. Un des axiomes du poète sourcier Adonis, c'est le principe
absolu de la relativité de toute réalité et de tout langage. Il sait que
tout est métaphore. Il sait que le paradoxe du langage poétique est de
faire allusion à ce qui échappe au langage. On oublie souvent que le langage
est une grande muraille de Chine. Le poète sourcier la traverse en s'ouvrant
au silence vivant. C'est par là que le poète échappe à la prison de la
langue. "Il n'y a pas de poésie sans silence", disait Roberto
Juarroz.
En abolissant le rapport dual entre le monde et l'homme,
la pensée de l'intériorité permet une véritable ontologie du devenir,
La poésie d'Adonis est en synergie avec la puissance des éléments. Le
poème une possible entrée dans l'immanence de l'invisible, une présence
du lointain sous ses habits de beauté des choses tels le désert, l'océan,
le soleil… La libération de la langue des liens qui la fixent à une représentation
transcendante du monde et de son origine ouvre à l'espace intérieur qui
résonne de l'inconnu. Adonis ne rentre pas chez lui, il ne fait pas un voyage de retour sur lui-même, ni un voyage à rebours de l'âme à la recherche de son origine et de sa vérité. Adonis est un nouvel Ulysse qui ne connaît aucune limite, qui a rompu la corde qui le retenait à la plage, comme, en écoutant le chant des Sirènes, il aurait rompu les cordes qui l'attachaient au mât de son vaisseau. C'est un Ulysse qui aime le tumulte des vagues et le mouvement métamorphique de la mer, plus que tout champ cultivé ou que toute autre terre. Un Ulysse exilé qui habite ses mots et son exil. Le roi d'Ithaque devient, pour le poète oriental, le dépositaire d'un savoir initiatique qui peut élever des marches - semblables à celles que gravit le Prophète vers le ciel? - et le dépositaire d'un langage à même de raconter les histoires que les vagues, protagonistes éternelles du mouvement éternel de la mer, ne connaissent pas ou ne sont pas capables de dire. Après l'avoir cherché dans un premier poème qui lui est dédié "A la recherche d'Ulysse", Adonis nous le décrit dans "Terre sans retour" : son Ulysse est habité par la tragédie, on lit cependant dans ses traits une angoisse si coutumière et native, qu'on pourrait la qualifier d'" amie". L'un et le multiple dans Siyâsat al-chi'r (la politque de la poésie) La quête de la vérité: En chemin vers le poème total, un homme a déjà pris la
parole (presque au sens propre), il s'avance avec l'éclat de qui conçoit
le verbe comme une action, il dit Je, fortement, il se conjugue à la singulière
personne plurielle de l'histoire, des foules, ou simplement de la diversité
des visages qui forment son universelle personne unique. Il a décidé de
ne jamais être exactement ce que chacun attendrait qu'il fût, mais l'autre
de lui-même, l'autre en attente de sa métamorphose. En chemin vers le
poème total, un homme tente à chaque mot d'en étreindre l'immensité. De Niffarî à Adonis, ce qui nous prend à la gorge est un immense voyage. Rappelons à ceux qui l'ignorent que c'est le chemin de source, car ce qui coule de ce lieu est notre écriture même, sans laquelle nous tracerions au bâton sur le sol. Précisons également que si nous portons la comparaison sur Niffarî, c'est déjà par Adonis. Car c'est par sa faveur que nous le connaissons, dans ce petit livre irremplaçable, apparu en l'an 1989. Le premier ou l'un des pre miers à découvrir Niffarî fut Ibn`Arabî, Après ce fut un long silence - d'Ibn Arabî jusqu'à Adonis, à notre écoute, même s'il y eut dans l'intervalle d'autres découvreurs. Cette ville n'est plus Il faut sonder pour voir Regard foetus encore
Adonis, poète arabe, porte en lui ce désert, métaphore
de la capacité de régénération. Que le désert, qui figure "le vide
même", puisse être par essence régénérateur : voilà `s l'intuition
première dans laquelle l'inépuisable pouvoir de création poétique d'Adonis
trouve sa source, et d'où découle également la profonde admiration que
j'éprouve à son égard. Quand je pense aujourd'hui à Mawâqif et à ce qu'elle a
représenté par son dynamisme et son engagement comme aventure collective
et combat sur les fronts les plus senibles de la culture arabe, une image
me vient à l'esprit celle d'un enfant têtu et songeur, courant au milieu
des champs boueux vers une ville inconnue pour réciter son poème devant
un auditoire inconnu, offrant ainsi un début de réalisation à son rêve
de changer son destin par la seul force de la poésie. En même temps, je
vois aussi un septuagénaire, toujours enfant (ce même enfant) qui après
avoir fait évoluer le rêve à travers l'aventure de Mawâqif, porte aujourd'hui
son même rêve Découvrir Adonis c'est plonger dans la beauté de sa poésie,
une poésie insolite pour notre époque, une poésie universelle, à plusieurs
facettes, ouverte à l'homme et à ses questions et en même temps pénétrant
les espaces et les profondeurs d'une imagination poétique sans limites, "poète des secrets et des recines" : l Adonis hallajien Traçant un triangle équilatéral fait d'art, de mysticisme
et de réalité, Adonis fait usage d'une espèce de "poème- masque",
dans lequel il réconcilie au moyen d'un masque artistique le mortel et
l'éternel, le fini et l'infini, le présent et ce qui transcende le présent.
Al-Hallâj dans le poème, comme Adonis dans la réalité, représente la progression
continue du passé au présent et au futur, dans laquelle l'expérience de
tout homme, tout au long de son histoire, est unifiée, prouvant la capacité
infinie de l'expérience humaine à se reproduire. Ce sens est renforcé
dans l'esprit du lecteur, à travers le processus de lecture, par le mouvement
entre les pôles de l'antinomie hiver-mort et printemps-renaissance, ainsi
que par le nom de plume du poète, Adonis, également associé à l'idée de
mort et de renaissance. Tout d'abord, Adonis est un poète qui ne laisse pas indifférent.
Ses oeuvres ont suscité et continuent de susciter une tempête poétique
printanière qui n'a cessé de soulever des questions. En présence d'une
oeuvre contestée, notre politique à Fusûl a toujours été de répondre par
l'étude et la lecture de cette oeuvre, en confrontant les arguments de
ses adversaires et de ses partisans. Il ne fait pas de doute que la poésie
d'Adonis est constamment l'objet d'interrogations qui méritent d'être
examinées sereinement et en toute objectivité. Adonis et la pensée allemande : entre Nietzsche et Heidegger Nous n'avons plus d'utopies, ni socio-politiques, ni religieuses, ni même humanistes, et nous ne rattachons plus la poésie à aucune ambition supérieure. Le désir violent de repousser les limites du monde dans lequel nous vivons n'existe pratiquement plus en Occident de nos jours. Peut-être est-ce bien ainsi, peut-être est-ce la leçon que nous avons tirée des funestes remèdes préconisés par les idéologies du xxe siècle. Mais le moins qu'on puisse dire est qu'il s'agit là d'un point de vue unilatéral. Adonis, avec les expériences tout autres qui sont les siennes, entend représenter, dans sa poésie et dans ses essais contre l'accoutumance et l'assoupissement généralisés, le courage du pathos, cette vision d'une modernité plus humaine. Il défend la nécessité de la parole et de ses médiums traditionnels - la poésie, le minaret, le forum, le parlement - contre l'approche purement utilitaire du technicien qui transforme tout, y compris l'homme, en matière première. Ainsi visionnaire, Adonis peut dire à bon droit qu'il vient de l'avenir. Dans l'avenue de sa parole, puisqu'il nous est permis de reprendre les termes de Heidegger pour les appliquer à Adonis, l'avenir est présent. Mais chez nous, en Occident, Adonis vient tout juste d'arriver d'une autre région du monde, avec des expériences et des pensées que nous devrions méditer et prendre au sérieux. Nous pouvons beaucoup apprendre de ces expériences. Nous avons beaucoup à apprendre d'Adonis. |