Par Hayat Kamal Idrissi

Abdelkébir KhatibiL'homme a marqué la littérature marocaine par son empreinte exceptionnelle

Le dernier à avoir cédé n'est autre que le grand Abdelkébir Khatibi. Sociologue, politologue, chercheur universitaire et écrivain, l'homme à plusieurs casquettes a rendu l'âme, lundi tôt le matin, dans un hôpital à Rabat. Selon son épouse, son cœur a lâché suite à de graves complications. Il vient ainsi de clore 71 ans de vie, de réflexion, de création et de carrière littéraire. Son histoire commence un certain jour en 1938, à El Jadida où Khatibi voit le jour. Quelques années plus tard, le jeune homme, avide de savoir, part en France pour rejoindre la Sorbonne. Il y étudie la sociologie pour soutenir la première thèse sur le roman maghrébin en 1969. Ayant pris goût à l'écriture, il sort son premier roman autobiographique «La mémoire tatouée» en 1971, sous l'impulsion de Maurice Nadeau. Khatibi ne s'arrête pas en si bon chemin. Il va continuer sur sa lancée en multipliant les parutions. Récits, poésies, romans, théâtre et essais sociologiques… l'homme de lettres aborde les différents genres et registres avec la même ferveur, le même talent et la même maturité intellectuelle qui en font un analyste réputé.

Il rejoint l'Union des écrivains du Maroc en 1976 et en devient membre. De retour au pays, Abdelkebir Khatibi va arborer une autre casquette, celle du professeur universitaire. Il enseigne la littérature durant des années à l'Université Mohammed V à Rabat et dirige en même temps le «Bulletin économique et social du Maroc». Ce dernier changera de nom en 1987 et devient «Signes du présent» mais garde toujours Khatibi comme leader. S'il y a quelque chose à retenir de l'existence de ce grand homme, ce sera sans contestation sa polyvalence qui n'affecte en rien la pertinence de ses écrits, ses réflexions et ses opinions. De la société à la politique en passant par la philosophie, l'art, la poésie, le roman… le natif d'El Jadida impressionne par cette grande maîtrise qui en a fait l'un des noms les plus marquants de la scène littéraire marocaine.

D'ailleurs, l'homme a occupé plusieurs postes académiques dans des institutions réputées. Directeur de l'ex-Institut de sociologie à Rabat, directeur de l'Institut universitaire de la recherche scientifique et professeur universitaire ad vitam aeternam à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l'Université Mohammed V de Rabat… Khatibi avait cette belle capacité d'allier savoir et savoir-faire. Ses nombreux écrits et le patrimoine de plus de 25 œuvres qu'il a laissés derrière lui le disent si bien. Belle plume, réflexion profonde, analyse minutieuse, sens critique prononcé, style audacieux… les écrits de feu Khatibi offrent une vision globale des phénomènes ou des questions qu'il traite. Ce qui ne manque pas de faire le bonheur de chercheurs, d'étudiants et de lecteurs ordinaires assoiffés de savoir et amateur sde son style exceptionnel.

L'une des signatures francophones les plus réputées au niveau national, Khatibi a joui de son vivant d'une renommée internationale. Son œuvre lui a valu de nombreuses consécrations notamment «le prix littéraire de la seconde édition du Festival de Lazio d'Europe et de la Méditerranée», «le Grands prix de l'Académie française» (1994), le «Grand prix du Maroc (1998)», «le prix de l'Afrique méditerranéenne/Maghreb» (2003) et le plus récent «le prix du Grand printemps» de l'Association française «Hommes de lettres» pour l'ensemble de ses oeuvres poétiques. Il est devenu ainsi le premier écrivain marocain et arabe à décrocher ce prix prestigieux lancé depuis 1838 par les plus belles plumes françaises.

On cite un certain Victor Hugo, Alexandre Dumas et autre Honoré de Balzac.
Une trentaine d'ouvrages tous genres confondus, plus de 150 articles, d'études et d'entretiens traduits dans plusieurs langues… Abdelkébir Khatibi en partant a laissé derrière lui un important legs aux amateurs de son verbe et sa verve. L'homme s'en est allé mais son œuvre reste toujours là, témoignant de la plus belle des façons de la valeur de cet intellectuel engagé.

Le Matin
16.3.2009

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Khatibi

Biobibliographie

L'écrivain, sociologue et chercheur universitaire marocain, Abdelkébir Khatibi est décédé, lundi tôt le matin, dans un hôpital à Rabat, à l'âge de 71 ans, des suites de complications cardiaques, apprend-on auprès de son épouse.

Né à El Jadida en 1938, le défunt a étudié la sociologie à la Sorbonne (France) et soutenu en 1969 la première thèse sur le roman maghrébin.

Il occupa plusieurs postes académiques, dont celui de professeur universitaire à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l'Université Mohammed V de Rabat, et de directeur l'ex-Institut de Sociologie à Rabat, puis de directeur de l'Institut universitaire de la recherche scientifique.

Le regretté homme de lettres était membre de l'Union des Ecrivains du Maroc depuis 1976, rédacteur en chef du «Bulletin économique et social du Maroc» et directeur de la revue «Signes du Présent».

Romancier, poète et sociologue de renommée internationale, feu Abdelkébir Khatibi est un spécialiste de la littérature maghrébine.

Ecrivain maghrébin d'expression française parmi les plus distingués, feu Khatibi a traité des phénomènes sociaux dans un style audacieux et novateur.

Il est l'auteur de plus de 25 ouvrages, dont «La Mémoire tatouée» (1971), «L'Art calligraphique arabe» (1976), «Le Roman maghrébin», «Le Livre du sang» (1979), «Amour bilingue» (1983), «Dédicace à l'année qui vient» (1986),»Figures de l'étranger dans la littérature française» (1987), «Un été à Stockholm» (1990), «Penser le Maghreb» (1993), «La civilisation marocaine (sous co-direction avec feu Mohamed Sijelmassi - 1996) et «La langue de l'autre» (1999).

Feu Abdelkébir Khatibi est lauréat de plusieurs distinctions internationales. Les plus récentes sont, notamment, «Le prix littéraire de la seconde édition du Festival de Lazio d'Europe et de la Méditerranée» et le prix du «Grand printemps» de l'Association française «hommes de lettres» pour l'ensemble de ses oeuvres poétiques, dont une partie vient de paraître en trois tomes chez la maison française «La Différence».

Il est le premier écrivain marocain et arabe à obtenir ce prix, décerné par l'Association française créée en 1838 par une pléiade de noms illustres de la littérature classique de l'Hexagone, tels Honoré de Balzac, Victor Hugo et Alexandre Dumas.

Début février dernier, S.M. le Roi Mohammed VI avait décidé la prise en charge personnelle des frais d'hospitalisation de feu Abdelkébir Khatibi, à l'admission de ce dernier à l'hôpital Cheikh Zayed, où il a rendu l'âme.

Autre signe de considération pour le défunt, Khatibi bénéficia, sur Hautes Instructions Royales, du titre ad vitam aeternam de professeur universitaire à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l'Université Mohammed V de Rabat, avec tous les avantages y afférents.